Convention de tattoo
2025-05-29 - Philippe Gravel
Convention de tattoo
Bon, j’aimerais ça parler un peu des conventions de tatouage au Québec. Tu sais, je pense qu’il y a deux plans sur lesquels il faut en parler un peu : sur le plan des artistes, et sur le plan du client qui doit recevoir un tatouage dans une convention.
La première chose à faire, du moins la première chose à savoir, c’est que quand on se fait tatouer en convention, c’est comme un honneur pour l’artiste de mettre de l’avant son travail, de montrer de quoi il est capable dans une convention, pour soit se présenter, pour gagner des compétitions, ou simplement pour que les gens voient son travail en vrai, que ce soit des nouveaux clients ou que ce soit d’autres artistes, pour échanger entre artistes aussi.
C’est important, en tant que client, d’être prêt à faire la séance jusqu’au bout, à être vraiment à l’aise avec l’artiste pour qu’il n’y ait pas de pression et que ce soit facile et fluide comme séance. C’est important d’être prêt à vivre une épreuve quand même. C’est important d’être déterminé quand même, juste pour ne pas se retrouver avec des déceptions et des frustrations, et conserver la bonne entente avec l’artiste et tout ça.
Parce que c’est sûr qu’en tant qu’artiste, même si un artiste ne va pas le dire à son client, si on est en convention et qu’on n’a pas l’occasion de finir, ou qu’on est pressé de finir, ou qu’il y a une limite de temps, ou quoi que ce soit comme ça, si on n’est pas totalement dévoué à ce tatouage-là, cette journée-là, ça va être le genre de chose qui va potentiellement faire en sorte que cette personne-là ne voudra plus vous tatouer.
En tant que client, c’est vraiment une compétition pour la plupart des artistes, qui essaient de présenter un aspect un peu plus réfléchi de leur travail.
Ensuite, du côté des artistes, je pense qu’un truc en convention qui peut arriver facilement quand on n’est jamais allé ou quand on y va avec un certain état d’esprit, c’est qu’il faut garder en tête que gagner un prix, c’est une chose, mais se faire remarquer, c’en est totalement une autre. Parce que ce n’est pas parce que vous gagnez un prix demain que tout d’un coup vous allez être plus « vouté », que tout d’un coup vous allez être connu en tatouage. Ce n’est vraiment pas comme ça que ça marche.
C’est intéressant au niveau de recevoir une sorte de preuve sociale et de reconnaissance du métier. Je pense que c’est un des aspects que plusieurs artistes aiment beaucoup : aller présenter leur travail à leurs pairs, échanger avec d’autres artistes, mais aussi faire leurs preuves d’une certaine manière.
Ce que j’ai remarqué, et l’approche que j’ai toujours prise en convention, c’est que j’essaie plus d’arriver là avec mon meilleur travail. Si je peux le présenter, tant mieux, mais je trouve que c’est plus important de faire ce que je veux vraiment faire et de le mettre de l’avant. Ce qui me tente vraiment, plutôt que d’essayer de plaire à un jury.
Choisir les paramètres en fonction de ce qui a le plus de potentiel de gagner, ça peut être une bonne stratégie. Il y a des gens qui font ça et ça marche. Ils vont gagner plus de prix et vont avoir de la reconnaissance avec ça.
Mais en réalité, il ne faut pas oublier que le but, c’est d’avoir du fun. Le but, c’est de se connecter avec d’autres artistes. Le but, c’est d’avoir un peu de temps pour parler avec les gens, parler avec des clients, rencontrer de nouvelles personnes, de nouveaux contacts, puis se dépasser, surtout.
Si vous allez là avec l’attitude de livrer un spectacle — parce que c’est un spectacle de tatouage, c’est comme un show, un tattoo show — on veut se livrer en spectacle. On veut faire notre meilleur travail. On veut mettre le temps nécessaire pour que ce soit notre meilleur travail.
Le message derrière ça, c’est de ne pas trop se concentrer sur les prix, mais plutôt se concentrer à faire une impression. Ce n’est pas juste avec un prix qu’on fait une impression.
Je trouve que c’est beaucoup plus une question de comment on parle aux gens, comment on traite les gens, comment on regarde les gens. C’est une question de à quel point on est capable de livrer notre meilleur travail, notre meilleure pièce d’art. C’est une question de faire quelque chose d’original. Quelqu’un peut même ne pas se présenter au concours et faire une plus grande impression sur les gens en étant là-bas.
C’est un peu l’invitation à moins se concentrer sur les prix. Moins se concentrer sur les compétitions, plus se concentrer sur l’aspect social de la chose, sur l’aspect de développement artistique aussi.
Qu’est-ce qui est plus important ? Est-ce que c’est d’avoir une plaque qu’on met sur notre mur pour dire : « Regardez comment je suis bon » ? Ou est-ce que c’est plutôt à quel point les gens vont se souvenir de moi ? À quel point les gens vont arrêter à ma table ? À quel point je me sens personnellement fier de ce que j’ai fait ? À quel point j’apprends de d’autres artistes ?
Parce que, tu sais, c’est plus important au final de se développer en tant qu’artiste, parce que c’est ça qui va vraiment amener de la reconnaissance, et de pouvoir monter ses prix et des choses comme ça. Ce n’est pas le fait de gagner un prix. C’est le fait de continuellement se dépasser et de ne pas s’asseoir sur ses lauriers. De chercher à aller plus loin en tant qu’artiste. Chercher à développer des idées et à développer de bonnes relations avec les clients, puis les autres artistes, les autres studios.
C’était mon opinion sur les conventions. Ma vision à moi. J’espère que ça vous enlève une petite pression.
